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Dans un monde pétrifié, en dehors du temps, Jean-Paul Faccon a édifié un univers chimérique parsemé de constructions dantesques émergeant au milieu d’un grand silence. Il nous guide dans un voyage immobile et nous fait parcourir un monde de mirages où le temps semble aboli. « Les civilisations meurent rarement assassinées, elles se laissent mourir ou se suicident » disait le philosophe Gaston Bogaert et ceci semble s’adapter parfaitement à la démarche de Jean-Paul Faccon. Quelles sont donc ces civilisations perdues que nous rappelle le peintre par l’image des vestiges de leur grandeur passée ? Et qui sont les bâtisseurs de ces somptueuses cathédrales, de ces châteaux étranges, de ces temples barbares, de ces villes fortifiées, ces imprenables citadelles sur lesquelles les injures du temps ne semblent pas avoir de prise ? Agrippées à des murailles de roches, ces imposantes constructions sont perdues dans des paysages montagneux uniquement visités par les effets de la lumière et de l’ombre ou encore, cernées de brumes inquiètes elles semblent avoir surgi de terre par la magie d’un sort jeté au hasard…

Ces témoins d’un passé inconnu de nous, ou peut-être simplement perdus dans le labyrinthe de l’histoire, ne sont habités par aucune présence rassurante, un peu comme si à peine érigées, ces arrogantes forteresses avaient été abandonnées par des constructeurs troublés par la démesure de leurs ambitions et gommées de la mémoire des hommes ; La démarche de l’artiste se situe de toute évidence en dehors des courants où se font et se défont les modes. l'envoûtement et la poésie caractérisent cet art qui nous propose des décors d’une élégante et presque théâtrale gravité, des décors organisés qui suggèrent infiniment plus qu’ils ne démontrent. Il y a là, n’en doutons pas, une spiritualité savamment dosée. Jean-Paul Faccon a retrouvé, semble-t- il, d’importants secrets : celui qui régissait les envoûtants dessins du Victor Hugo des « Voyages aux bords du Rhin », celui des dramatiques architectures de Piranèse et il a su se souvenir de l’œuvre de Caspar Friedrich et de ses décors de montagnes embrumées.

On aurait cependant tort de juger l’œuvre de Jean-Paul Faccon en la comparant d’emblée à celles de ces artistes prestigieux et ces rapprochements ne tendent pas à faire de lui un quelconque suiveur, il est totalement lui-même dans son œuvre et c’est lui faire honneur que de citer ces prestigieuses références. Parlerai-je ici de la technique méticuleuse et du dessin précis de Jean-Paul Faccon, de ses somptueux coloris mordorés, de son sens d’une théâtralité bien orchestrée, de l’intelligence de ses architectures ? On rapprocherait volontiers son métier de celui des « peintres de la réalité »des XVIème et XVIIème siècles tant son art évoque les détails et la richesse picturale de certaines compositions d’alors. Mais l’artiste n’est pas un peintre de la réalité et sa peinture n’en a que l’apparence ; il est davante=ages un artiste qui voyage dans le monde onirique qu’il s’est créé et qui, servi par une dextérité peu commune, parvient à raconter l’irracontable… Toujours chez faccon, on se sent en présence d’une forte concentration intérieure, d’une recherche constante à emprisonner ses architectures imaginaires dans de grands silences de mort et d’y mettre à profit toute sa science inventive et sa redoutable technique pour nous y faire croire. Sa puissance évocatrice nous laisse entrevoir les clés d’un univers fascinant situé à la rencontre de la raison et du rêve. Son œuvre est une parcelle d’univers qui étanche notre soif de merveilleux par la découverte d’un monde qui existe quelque part, en dehors du quotidien, dans son subconscient. Jean-Paul Faccon est né dans le Nord de la France il y a quelque quarante-six ans.

Il a fait ses études à l’École Nationale Supérieure des Arts Appliqués de Roubaix. Aujourd’hui, il vit et travaille en Seine-Maritime. À son actif, il compte une quinzaine d’expositions, toutes en France, et il a choisi Bruxelles pour sa toute première exposition hors de l’Hexagone. Exposition Jean-Paul Faccon du 31 mai au 23 juin à la Galerie Christiane Cloots, 423 avenue Louise à Bruxelles.

Désiré ROEGIEST